vendredi 24 février 2017

Rétromobile 2017 : 18. March 2-4-0

Cette année, à Rétromobile, il y avait des F1 "hors normes" à 4 roues motrices ou à 6 roues, comme cette March 2-4-0. L'écurie en avait construit deux. La deuxième se trouve au Louwman Museum, près d'Amsterdam.

Les années 70 ont marqué la F1 car c'était une époque de créativité. Le V8 Ford-Cosworth face au 12 cylindres à plat de Ferrari, puis le V6 turbo de Renault. Mais aussi les pneus radiaux Michelin, l'effet de sol de Lotus... Ainsi que des impasses comme les 4 roues motrices, les 6 roues, "l'aspirateur" de Brabham, l'Eiffelland...
Aujourd'hui, il n'y a plus aucune marge. Ceux qui critiquaient Bernie Ecclestone l'encensent depuis qu'il s'est fait virer. Ils peuvent se moquer des politiciens qui n'ont aucune parole ! En tout cas, c'est Bernie qui a supprimé la créativité. Terminés, les circuits lents et les circuits rapides ou les bagarres de pneus. La F1 des années 2000, avec dix constructeurs, qui étaient aussi dix motoristes avait un certain attrait. Le problème, c'était que personne ne voulait être le dixième du championnat et c'est comme ça qu'en quelques mois, vous perdiez BMW, Honda et Toyota... Pour réduire les coûts, la F1 s'est limité à quatre motoristes, avec développement gelé et obligation de réutiliser le même "power unit" sur plusieurs Grand Prix. La ligne blanche, c'est la fourniture de châssis. La F1 n'en voudra pas, car en moins de deux saisons, il n'y aura plus que des Ferrari et des Mercedes (cf. le CART au début des années 80.) C'est l’ambiguïté de la F1, qui veut de la standardisation, mais pas trop...

Rétromobile 2017 : 17. Porsche 356 "Eva Peròn"

Jacqueline Evans était une actrice Britannique vivant (et travaillant) au Mexique. Son mari était l'importateur local de Porsche. De plus, c'était une amie d'Eva Peròn, épouse de Juan Peròn, alors président de l'Argentine. "Evita" est morte d'une cancer en 1952, à seulement 33 ans. Voilà pourquoi, quelques mois plus tard, Evans s'aligna à la Carrera Panamericana avec une Porsche 356 pré-A portant ses couleurs.
Hors d'Argentine, Juan Peròn était vu comme un autocrate populiste. Mais pour les Argentins, il était un leader charismatique et ouvriériste. La présence d'Eva à ses côtés fit beaucoup pour sa popularité. Tout comme le fait qu'il fut destitué lors d'un coup d'état militaire et forcé à l'exil (NDLA : vers l'Espagne franquiste.)

Bien des années plus tard, Carlos Reutemann se voyait président. Réélu à la tête de la province de Santa Fe, en 1999, il entama une pré-campagne présidentielle. L'Express signala alors qu'il s'alignait dans une rallye historique local à bord "d'une Porsche aux couleurs de Peròn" (un moyen de se placer en héritier du péronisme.)
Etait-ce la même voiture ? D'après Google, il n'y a pas eu d'autres Porsche liée à Eva ou à Juan Peròn. Mais le propriétaire de celle-ci déclare qu'elle est arrivée directement du Mexique. Sur les photos de la restauration, rien n'indique que la Porsche de Rétromobile était celle d'Evans et elle n'avait plus aucune inscription. Après, des 356 pré-A, au Mexique, il n'y a pas du y en avoir des dizaines...
De toute façon, en 2001, l'Argentine était en crise. Des péronistes tentèrent de pousser Reutemann à la présidence. Néanmoins, l'ex-pilote de F1 avait confiance qu'il représentait l'ancien régime et il préféra passer son tour.

Rétromobile 2017 : 16. Fiat Heritage

Fiat (ou plutôt FCA) est également à Rétromobile. Il y expose des voitures rares, voir unique. C'est le cas de cette Lancia Flaminia Loreymo de 1960. Comme son nom le suggère, elle a été dessinée par Raymond Loewy. Loewy a révolutionné le design industriel, des années 30 aux années 70. Il a aussi posé certaines bases du marketing et de la communication moderne. Avec tout de même une tendance à vampiriser les travaux de ses collaborateurs et sur la fin, à s'écouter parler. Le Centre George Pompidou lui avait consacré une exposition à la fin des années 80 (j'y étais), peu après sa mort. Depuis, on n'en parle quasiment plus. Pour nombre de gens, il n'en reste que "le gars qui a dessiné des Studebaker".
Une Fiat-Abarth 1000. En fait, Carlo Abarth a construit plusieurs modèles autour du même châssis (emprunté à la 600, de mémoire.) C'était les débuts de l'aérodynamisme. La fonction dictait la forme, d'où ces lignes effilées. Un beau résultat, non ? Lorsque Fiat a fait renaitre Abarth, la rumeur parlait d'une 1000 moderne. Hélas, on s'est vite retrouvé avec une monoculture 500...
Voici une Alfa-Romeo 2600. Ce n'est que la deuxième fois que j'en vois une en vrai (la première, c'était ici.)
On termine avec une autre 2600. Il s'agit du prototype de la SZ (carrosserie Zagato, donc.) Je m'arrête là, je ne veux pas refaire le couplet sur l'époque où les constructeurs et les designers italiens faisaient la pluie et le beau temps le premium vs où ils sont aujourd'hui...

mercredi 22 février 2017

Rétromobile 2017 : 15. Porsche 928

La Porsche 928 fête ses 40 ans. En effet, elle avait été dévoilée au salon de Genève 1977. Du coup, ils ont sorti du musée cette 928 shooting-break. Wikipédia évoque la 942, une 928 rallongée et les 928 "4 portes" (façon RX-8) d'ASC. De mémoire, le constructeur avait également créé une 928 4 portes avec de vraies portes arrière.
Une Porsche 928 bleue. Je ne pensais que ça n'existait que dans Chase H.Q. !

Moi, je l'aimais bien. D'ailleurs, cela fait des années que j'en ai une Solido au 1/43e. Le problème de la 928, c'est qu'elle ne savait pas trop ce qu'elle était. Esthétiquement, elle n'avait aucun lien de parenté avec la 911 ; par contre, elle semblait proche des 924/944. D'ailleurs, la 968 reprendra ses feux... Porsche avait refusé de l'engager en compétition (laissant des privés le faire.) De quoi la priver de l'ADN de la marque. De plus, en 18 ans de carrière, elle n'a pas eu de gros lifting. Dès le milieu des années 80, la rumeur courrait qu'elle allait bientôt être remplacée. Le constructeur dévoila ensuite une version Club Sport, qui ne fut jamais produite en série.
En résumé, un bon produit, mais une communication nulle.

Rétromobile 2017 : 14. Range Rover

Cette année Jaguar-Land Rover dévoile son programme de Range Rover restaurés. C'est une bonne idée. On est dans un monde où tout le monde commercialise des SUV, y compris Maserati et Bentley. Pour le grand public, SUV et tout-terrain, c'est pareil. Ce sont juste des quat'quat. Je suis sûr que certains sont persuadés que leur 2008 est un 4x4 ! De toute façon, ils ne quittent jamais le bitume avec. Alors, que reste-t-il à des spécialistes comme Land Rover ? Réponse : le côté "maison fondée en..." Actuellement, en Corée du Sud, Ssangyong ressort son album photo et donc, Land Rover débarque à Rétromobile. Jeep ferait bien de faire de même...

Cela dit, j'aime bien le Range originel. J'en ai conduit un, lors d'une Présentation Range Rover au Portugal... Là, ils lancent le Velar, que j'ai croisé à Saint-Moritz. Sur le coup, je n'ai pas tilté sur "Velar". En fait, c'était le nom des Range de pré-série. Au Portugal, ils nous avaient dit que c'était juste un nom italianisant. Pour brouiller les pistes, ils voulaient faire passer leurs protos pour une création italienne (parce qu'en 1969, premium était synonyme d'Italie...) D'après Boitier Rouge, ça serait en fait l'acronyme de Vee Eight LAnd Rover.

Rétromobile 2017 : 13. Talbot-Lago SS

Là, je n'ai même pas besoin de lire le carton... Talbot-Lago SS Figoni & Falachi. A la fin des années 30, les ultra-riches Américains étaient friands de grands noms Français (Bugatti, Delahaye, Talbot-Lago...) Les constructeurs n'ont jamais su exploiter cela. Pour les Américains, la France, c'est le luxe, le raffinement, l'exclusivité... Au point de créer de faux-produits français. Dans les années 80, un parfumeur a ainsi lancé de l'eau de Cologne Fabergé ! Sans oublier les vins californien du genre "Chateau Dupont-Durand"... Et donc, en adéquation avec cette image exclusive, les constructeurs Français débarquent avec la Le Car.
Le seul qui a tout compris, c'était Alain Clenet. Lui, il surjouait le frenchie dans les allées du salon de Los Angeles : "Non, non, non, Aïe am note sélign iou euh car. Maï production iz compliteli solde août ! Aïe am un artiste. Maï production iz limitedde ! If iou excuse mi, Aïe am goign tout ave dineur. Aïe ouil ave escargot and raid waïne." En vrai, il parlait bien anglais. Mais plus il jouait le frenchie d'opérette, plus les beaufs richissimes de Californie lui ouvraient son chéquier !

Pour info, au milieu des années 90 TLC proposa une réplique de la SS, la Talbo. Reinspeed en commercialisa une version tunée en hommage au groupe Yello, la Yello Talbo !

Rétromobile 2017 : 12. Lotus F2 "Japonaise"

Hasard du placement des stands, Patrick Peter avait planté son chapiteau à quelques mètres d'une Venturi ex-BPR. Peter est devenu un organisateur d'épreuves d'anciennes comme on en trouve outre-manche. Tant pis pour l'aspect historique, le principal, c'est de remplir la grille. Tant pis si on mélange les choux et les carottes, les voitures construites à l'époque et celles "coursifiées" récemment, le tout sur des tracés récents. Entre ça et les journées historiques de Monthléry qui sentent la naphtaline, il doit bien y avoir un juste milieu, non ?

En attendant, pour attirer l’œil, Peter a donné une forme de chapiteau à son stand. Dans l'entrée, une monoplace portant les couleurs du Japon. Mais elle est trop récente pour être une "Hondola". Est-ce la Maki F1 ? En tout cas, c'est plutôt rare de voir une voiture du soleil levant sur le vieux continent... Finalement, c'est une Lotus F2 qui a terminé sa carrière au Japon. D'où ces couleurs, en lieu et place du vert anglais...
Au début des années 60, les championnats européens de monoplace se rapprochèrent. Des règlements communs apparurent. En parallèle, en F1, il y avait une escalade des coûts. Les écuries se plaignirent notamment des pneus Firestone, performants, mais hors de prix. Puis ce furent les Ford DFV, facturés un bras et un jambe... Dans les années 50, Cooper, Ferrari, Gordini et Maserati payaient les factures en construisant des F1 privées. Néanmoins, avec l'apparition de la coupe constructeur et de l'escalade des budgets, les équipes privées se raréfièrent. Brabham, Lotus et McLaren eurent donc l'idée de profiter de la consolidation des championnats de F2 et F3. En prime, avec un minimum d'aménagements, une F2 pouvait disputer la Formule Tasman ou bien s'aligner en F5000, voir à Indianapolis. En construisant des châssis ces écuries purent arrondir leurs fins de mois. En 1968, la CSI autorisa le sponsoring extra-sportif. Les cigarettiers apparurent et les écuries de F1 eurent moins de problèmes d'argent. Il se retirèrent des formule de promotion, laissant le champ libre à Lola, Ralt, March et plus tard, Reynard... Les "vieilles" F2 comme cette Lotus n'étaient plus compétitives et voilà comment elles atterrirent au Japon, pour une deuxième vie...